Victoria Mouton

Last updated: 24/09/2015
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Les grandes crises de la guerre froide

Du blocus de Berlin à la crise des euromissiles, découvrez les grandes crises internationales de la guerre froide. Cette sélection documentaire illustre près de quarante ans de tensions internationales entre l'Ouest et l'Est pendant lesquels le monde se trouvait à plusieurs reprises au bord de la guerre atomique.
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Les grandes crises de la guerre froide

Introduction

La guerre froide est une longue épreuve de force qui s'est engagée, au lendemain de la capitulation de l'Allemagne hitlérienne, entre les États-Unis et l'Union soviétique. Progressivement, les deux Grands se construisent leurs zones d'influence et divisent le monde en deux camps antagonistes. En Europe de l'Ouest, le processus de l'intégration européenne s'amorce avec le soutien des États-Unis, tandis que les pays de l'Europe de l'Est deviennent des satellites de l'URSS.

À partir de 1947, les deux blocs, utilisant toutes les ressources de l'intimidation et de la subversion, s'opposent dans un long conflit stratégique et idéologique ponctué de crises plus ou moins violentes. Même si les deux Grands ne s'affrontent jamais directement, ils amènent le monde à plusieurs reprises au bord du gouffre.

La première crise de Berlin: Le blocus de Berlin (1948-1949)

L'Allemagne devient rapidement un champ d'affrontement de la guerre froide. Au cours de l'année 1945, les Alliés commencent à organiser leurs zones d'occupation respectives. En 1946, les États-Unis proposent un plan d'unification économique des zones d'occupation. Face au refus de la France et de l’Union soviétique, les Britanniques et les Américains décident d'unir économiquement leurs deux zones pour créer la Bizone. Le 3 juin 1948, la zone d'occupation française intègre la Bizone qui devient donc une Trizone.

Le 20 juin 1948, les Occidentaux introduisent une nouvelle unité de compte. Le mark allemand, le Deutsche Mark (DM) est introduit dans toutes les zones occidentales et remplace le Reichsmark. Cette réforme monétaire permet de remplir enfin les rayons des magasins de produits qui n'étaient plus alors disponibles que par le marché noir. Tandis que les communistes s'emparent de presque tous les postes de commande dans la zone orientale, les conceptions des anciens Alliés sur l'organisation économique et politique de l'Allemagne deviennent chaque jour plus contradictoires.

Espérant préserver l'unité de Berlin au cœur de la zone soviétique et dénonçant ce qu'elle considère comme une politique anglo-américaine du fait accompli, l'URSS réagit à cette initiative le 24 juin 1948 par le blocus total des secteurs occidentaux de Berlin. La ville est située dans la zone d'occupation soviétique mais les Américains, les Anglais et les Français sont installés dans leur zone d'occupation respective. Les voies d'accès terrestres, ferroviaires et fluviales vers Berlin sont coupées. Les fournitures de vivres et d'électricité sont rompues. L'introduction du DM dans les secteurs occidentaux de Berlin en est la cause officielle, mais l'Union soviétique cherche probablement à réduire l'îlot capitaliste dans sa zone d'occupation en obligeant les Britanniques, les Français et les Américains à quitter Berlin. Seule la mise en place d'un pont aérien allié évitera l'asphyxie de la ville. Quand, le 12 mai 1949, Staline décide de lever le blocus, le divorce politique de Berlin est bel et bien consommé.

La guerre de Corée (1950-1953)

Le 25 juin 1950, les troupes communistes de Corée du Nord franchissent le 38e parallèle, la ligne de démarcation militaire entre le nord et le sud du pays. Les États-Unis, décidés à soutenir les autorités du Sud, profitent d'une absence temporaire du délégué soviétique au Conseil de sécurité des Nations unies pour engager l'ONU dans la défense de la Corée du Sud. La Corée du Nord jouit par contre de l'appui de l'URSS et de la Chine populaire.

En 1951, le général américain MacArthur propose à Harry Truman de bombarder la Chine en recourant, s'il le faut, à l'arme atomique. La situation devient dramatique. Mais le président refuse l'emploi des bombes nucléaires et la guerre se poursuit malgré d'incessantes tractations diplomatiques. L'armistice est finalement signé le 27 juillet 1953.

La crise de Suez (1956)

Le colonel Gamal Abdel Nasser, invité à la conférence des pays afro-asiatiques non-alignés de Bandoeng de 1955, cherche à faire l'unité du monde arabe autour de l'Égypte qu'il dirige depuis juin 1956. Il projette la construction d'un grand barrage à Assouan pour stimuler la transformation économique et agricole du pays, mais les États-Unis, qui voient pourtant Nasser comme une alternative au communisme, refusent de participer au financement massif du chantier. Aussitôt, le 26 juillet 1956, Nasser annonce son intention de nationaliser la compagnie du canal de Suez, voie d'eau d'une grande importance internationale dont les actionnaires sont en majorité français et britanniques mais dont la concession ne doit expirer qu'en 1968. Pour Nasser, les revenus d'exploitation du canal doivent tout simplement permettre à l'Égypte de financer les travaux d'Assouan.

Les Français, fâchés par l'aide apportée par l'Égypte aux insurgés algériens, et les Britanniques, qui veulent préserver leur contrôle sur la voie stratégique de Suez, décident de mener une action militaire concertée en vue de récupérer la mainmise sur l'administration du canal. Ils disposent pour ce faire du soutien militaire de l'État d'Israël qui, depuis sa création en 1948, se sent directement menacé par toute velléité d'expansionnisme ou de renforcement arabe. Le 29 octobre 1956, les armées israéliennes conquièrent le Sinaï si précieux pour la protection de l'État juif. Une semaine plus tard, les troupes franco-anglaises débarquent à Port-Saïd. Le succès de l'opération est total: l'armée égyptienne est défaite en quelques jours, bien que Nasser ait ordonné de couler une quarantaine de navires afin de bloquer définitivement le canal de Suez.

Mais les grandes puissances mondiales n'apprécient pas du tout l'action de la France et de la Grande-Bretagne. L'URSS, qui est en train de liquider l'insurrection hongroise par la force, menace Paris et Londres de représailles nucléaires. En ce qui les concerne, les États-Unis, pourtant alliés traditionnels des puissances européennes, se plaignent de n'avoir pas été consultés au préalable. Ils n'apprécient absolument pas cette politique de la canonnière de type néocolonial et, à travers les Nations unies, exercent une immense pression financière sur le Royaume-Uni, de sorte que le corps expéditionnaire franco-anglais doit se retirer malgré la victoire militaire. Israël évacue aussi le Sinaï. C'est l’Organisation des Nations unies qui prend en charge la remise en état du canal qui est rouvert à la navigation en avril 1957. Entre-temps, alors que Nasser a ordonné la destruction de nombreux oléoducs, les pays d'Europe occidentale sont confrontés aux premières restrictions dans l'approvisionnement d'essence et de carburants.

La répression de l'insurrection hongroise (1956)

Fin octobre 1956, les intellectuels et les étudiants hongrois, aigris par le régime communiste, défilent dans les rues de Budapest pour faire connaître leur mécontentement. Bientôt des émeutes éclatent et une partie de l'armée hongroise se range du côté des insurgés. Un nouveau gouvernement magyare prend fait: il demande le retrait des troupes soviétiques et abolit le système de parti unique avant de proclamer le retrait unilatéral de la Hongrie du pacte de Varsovie et la neutralité du pays.

Le 1er novembre 1956, l'Armée rouge fait mine de se retirer. Mais le 4 novembre 1956, Nikita S. Khrouchtchev charge l'Armée rouge de réduire l'insurrection hongroise par la force. Les troupes soviétiques attaquent en masse et une répression impitoyable s'abat sur la Hongrie.

La deuxième crise de Berlin: La construction du mur de Berlin (1961)

En juin 1953, des grèves insurrectionnelles éclatent à Berlin-Est et se propagent rapidement dans toute l'Allemagne orientale. Mais elles sont aussitôt durement réprimées par l'armée soviétique. L'échec de ces révoltes va entraîner la fuite de plusieurs centaines de milliers d'Allemands de l'Est vers la RFA. En moins de dix ans, plus de 2 millions de personnes passent ainsi de l'Est vers l'Ouest.

Pour stopper cet exode massif et continu, la RDA va finalement empêcher le passage à l'Ouest. Des ouvriers est-allemands encadrés par l'armée construisent, dans la nuit du 12 au 13 août 1961, un mur qui sépare l'Est et l'Ouest de Berlin en interdisant tout passage. Cette frontière fermée, dit «mur de la honte» devient le symbole le plus tangible de la guerre froide et du déchirement de l'Europe.

La crise de Cuba (1962)

Depuis le renversement révolutionnaire de la dictature militaire de Fulgencio Batista en janvier 1959, l'île de Cuba est dirigée par Fidel Castro. Tout en mettant en place une réforme agraire, Castro nationalise les propriétés des entreprises américaines sur l'île et s'attire aussitôt les foudres de Washington. Le dirigeant cubain pro-communiste se rapproche alors de plus en plus de l'URSS qui se félicite de trouver un nouvel allié dans l'hémisphère occidental et dans le périmètre de sécurité des États-Unis. Les régimes cubain et soviétique signent successivement des accords de coopération commerciale puis militaire. Les États-Unis essaient alors de renverser le nouveau régime en organisant, en avril 1961, un débarquement d'exilés anticastristes dans la baie des Cochons. L'opération échoue et ne fait finalement que contribuer au renforcement de Castro.

Puis, le 14 octobre 1962, des avions espions américains repèrent des rampes de lancement de missiles soviétiques en construction sur le sol cubain menaçant directement l'intégrité des États-Unis. Kennedy décide alors d'imposer un blocus maritime. Pendant 15 jours, le monde se trouve au bord de l’affrontement nucléaire. Au dernier moment, le 28 octobre, un compromis émerge et la guerre nucléaire est évitée de justesse.

L'écrasement du Printemps de Prague (1968)

En Tchécoslovaquie, le Parti communiste est au pouvoir depuis le coup de Prague de 1948. En janvier 1968, le stalinien Antonín Novotný est mis en minorité et remplacé par un communiste libéral, Alexandre Dubček. Le régime se libéralise: la censure est abolie et les Tchèques ont désormais le droit de voyager à l'étranger. L'URSS fait part de son mécontentement, mais Prague refuse d'obtempérer. Au contraire, au fur et à mesure que les pressions s'accentuent, la libéralisation progresse. Le 21 août 1968, les troupes du pacte de Varsovie, excepté celles de Roumanie, occupent le pays et arrêtent les dirigeants «déviationnistes». Dubček sera remplacé par le pro-soviétique Gustáv Husák qui surveille la normalisation.

La crise des euromissiles (1977-1987)

À la fin des années 1970 la crise des euromissiles éclate. L’enjeu de cette dure bataille diplomatique est l’installation par les États-Unis en Europe de missiles de croisière et de fusées Pershing II, afin d’équilibrer la menace découlant du déploiement par l'URSS de missiles nucléaires SS-20 qui ciblent l’Europe de l'Ouest. Le déploiement effectif des missiles américains à partir de 1983 dans certains pays d’Europe occidentale entraînera des campagnes d’action d’envergure des pacifistes européens, mais provoquera également une folle course aux armements dont l’élément essentiel est le programme américain de «guerre des Étoiles». Les deux Grands signent finalement en décembre 1987 le premier accord réel de désarmement, le traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire.