Une communauté européenne de l'énergie atomique
L'idée d'une Communauté européenne de l'énergie atomique (CEEA), rapidement baptisée Euratom, est née dans les milieux de la haute administration française pour lesquels l'intégration sectorielle de l'économie reste prioritaire, que ce soit dans le domaine de l'industrie sidérurgique et des mines de charbon ou dans le domaine de l'énergie nucléaire.
Jean Monnet, qui a démissionné avec fracas de son poste de président de la Haute Autorité de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) pour protester contre l'échec de la CED et pour pouvoir participer librement à la relance européenne, mise sur l'énergie atomique qui relève exclusivement de l'autorité publique. Il est d'ailleurs soutenu par les dirigeants du Commissariat français à l'énergie atomique et par de nombreux fonctionnaires et dirigeants socialistes peu désireux de poursuivre l'aventure européenne avec des interlocuteurs représentants des intérêts exclusivement privés. Par ailleurs, cette source d'énergie est très à la mode à la fin des années cinquante au demeurant peu marquées par des considérations environnementales ou écologiques. Certes, les bombes atomiques de Nagasaki et d'Hiroshima, en août 1945, ont définitivement changé la face du monde et les arsenaux nucléaires des superpuissances inspirent la peur, mais la conviction des bienfaits d'une utilisation pacifique de l'énergie atomique atteint son sommet. En outre, attachés à son utilisation militaire, certains dirigeants français souhaitent financer leurs recherches sur la bombe atomique française grâce au soutien offerts par une communauté européenne nucléaire.
A l'époque, l'énergie atomique est en effet fréquemment considérée comme une sorte de remède miracle aux difficultés d'approvisionnement énergétique qui sont apparues en Europe lors de la crise de Suez. Car tandis que les besoins énergétiques ne cessent de croître en Europe, les rendements des gisements miniers diminuent quant à eux sans cesse et la dépendance de l'Europe vis-à-vis des approvisionnements de produits pétroliers en provenance du Moyen-Orient devient toujours plus criante.
Pour Jean Monnet, faire de l'atome le moteur de la relance européenne apparaît aussi comme un moyen d'effacer l'échec peu glorieux de la Communauté européenne de défense (CED). Conscient de l'importance des investissements publics à consentir, Monnet escompte obtenir le soutien financier et technologique des États-Unis, beaucoup plus avancés que les Européens en la matière. Il tient enfin à éviter que l'Allemagne de l'Ouest ne cherche à s'équiper d'outillages nucléaires civils en-dehors d'une structure européenne.





